Terre-de-colère-1-Christos-Chrissopoulos

Terre de colère

Christos Chryssopoulos est en Grèce l’un des écrivains les plus prolifiques et les plus originaux de sa génération, dont les livres traduits en cinq langues ont été distingués par des prix en Europe et aux États-Unis. Dans son dernier ouvrage Terre de colère, l’auteur évoque une Europe qui s’étiole, qui individualise les humains et les divise par la mise en compétition de leur vie. Nous sommes tour à tour confrontés aux idéologies racistes, à la violence au travail, aux relations entre hommes et femmes, à la cellule familiale, au milieu scolaire… L’incommunicabilité grandit au point que la colère s’impose alors comme ultime possibilité de sortir de soi, faisant de nous sa première victime. 

Ce texte s’est imposé avec évidence à la compagnie Et alors ! qui met en scène aujourd’hui ce qui préfigure l’avenir de tous les peuples placés sous le joug du totalitarisme économique. Sur le plateau, quatre acteurs évoluent dans un environnement urbain polymorphe, en résonnance avec l’esprit vagabond de Christos Chryssopoulos qui déambule au sein de plusieurs tableaux. Un subtil jeu de dialogues émerge et rend compte des difficultés de communication entre ceux qui possèdent la parole et ceux qui ne l’ont pas. Et au-delà, que faire de notre colère, où va-t-elle, à quoi sert-elle ? Une invitation à explorer la complexité de cette émotion qui peut à la fois ternir les plus justes rebellions comme faire éclore les plus beaux idéaux.

Réparer-les-vivants-1-E.Carecchio

Réparer les vivants

Simon Limbres, un jeune surfer de dix-neuf ans en mal de sensations fortes, est déclaré en état de mort cérébrale suite à un accident de voiture. Un compte à rebours est alors lancé, traversé par l’espoir et la vie, depuis l’accident fatal jusqu’à la greffe de son cœur qui redonnera vie à Claire. Dans une mise en scène à fleur de peau, Sylvain Maurice adapte le best-seller de Maylis de Kerangal dont l’écriture palpitante de vie a été saluée par de nombreux prix. La langue est musicale, rythmique, portée par l’urgence, comme pour mieux nous témoigner de cette tension où chaque seconde est essentielle.

Emportés par ce récit grave, vital, magnifique, l’acteur Vincent Dissez et le musicien Joachim Latarjet sont les maillons d’une chaîne dont Sylvain Maurice nous fait mesurer la fragilité et la force. Le premier, debout sur un tapis roulant comme un athlète dans la bataille, incarne tous les rôles avec un charme envoûtant, des parents aux figures humaines et passionnées du monde médical. Le second rythme la quête de Vincent Dissez par ses sonorités musicales, du registre jazz à la musique pop. Dans cette course contre la montre, la solidarité finit par faire de la mort d’un homme la source d’une renaissance d’une femme. Une ode à la vie…

Tendres-fragments-de-Cornelia-Sno-1-Loo-Hui-Phang

Tendres fragments de Cornelia Sno

représentations scolaires
• MARDI 20 MARS 10h ET À 14H
• MERCREDI 21 MARS À 10H

Au dehors, il y a l’incompréhension des autres ; dedans, il y a un monde particulier, vaste et clos. Du haut de ses 15 ans, Arthur ne perçoit le monde extérieur que par fragments et se sent comme un étranger dans son pays. Entouré de ses objets familiers, il raconte un quotidien qui ressemble à une odyssée, où l’anodin peut susciter la peur, la colère, les interrogations ou encore l’enthousiasme.

Hypersensible, surdoué et introverti, cet adolescent atteint d’autisme syndrome d’Asperger aime la musique, le silence et Cornelia… Son amour pour cette jeune camarade norvégienne, étrangère mais «autrement étrange», l’invite à dépasser ses peurs et à sortir de sa cage pour aller vers l’autre. Avec humour et délicatesse, l’auteure Loo Hui Phang et le metteur en scène Jean-François Auguste mènent ensemble une réflexion sur le mécanisme social d’intégration et d’exclusion. Sur scène, des mots, des sons et des métaphores visuelles projettent la réalité morcelée, amplifiée et répétitive d’Arthur.

Tendres fragments de Cornelia Sno souligne notre désir commun, quelque soit notre héritage, de trouver notre chemin et de répondre à la vie malgré tout. L’observation, la curiosité, un sens aigu du décalage y sont montrés comme autant de voies possibles pour faire d’un handicap une lumineuse singularité.

Décris-ravages-1-Hichem-Dahes

décris-ravage – un spectacle documentaire consacré à la question de la Palestine

décris-ravage est une fresque théâtrale en six épisodes retraçant les retrouvailles entre l’Occident et ce petit territoire aux enjeux politiques, symboliques et imaginaires démesurés.

Sur scène, un épais tas de feuilles, des documents, des photos, des cartes et des graphiques… Adeline Rosenstein est là, debout devant son pupitre, comme une conférencière. L’artiste allemande qui a grandi à Genève, étudié à Jérusalem et Berlin puis travaillé entre Buenos Aires et Bruxelles, nous donne à voir une conférence-performance à plusieurs voix dont les faits historiques servent de canevas, illustrée par les témoignages d’artistes occidentaux ou locaux et des extraits de pièces de théâtre du monde arabe.

Cette pièce s’annonce comme une traversée critique et historique composée avec intelligence de moments ludiques, érudits et impertinents. Dans la lignée du meilleur théâtre documentaire, entre savoir et fiction, décris-ravage fait de nous les témoins de ce long conflit et nous le rend enfin accessible.

Never,-Never,-Never-2-Gaël-Ascal

Never, Never, Never

Un poète perd sa femme bien-aimée. Quels enfers va-t-il devoir traverser pour la retrouver ? Cette histoire est celle de Ted Hughes, poète britannique et de Sylvia Plath, l’une des voix les plus importantes de la poésie américaine contemporaine.

Une longue nuit de 1984, dans son appartement londonien, Ted (interprété par le brillant Thibault de Montalembert) reçoit tour à tour deux visites : celle de son épouse Sylvia, morte suicidée vingt ans plus tôt, et celle d’Assia, l’autre femme qui tenta de remplacer Sylvia et qui se tua elle aussi six ans plus tard, submergée par la gloire posthume de la première. Cette nuit-là, une porte s’ouvre sur un autre temps et sur d’autres lieux habités par la présence des trois protagonistes de la pièce, liés de manière indissoluble par l’amour, la mort et la poésie.

Dans Never, Never, Never, on parle poésie et on fait tourner les tables. On brode, on se rase, on parle tourtes au poulet et on boit du sherry. Le surnaturel côtoie le trivial dans une sorte de quotidien décalé où les objets banals se chargent d’une valeur onirique. Pour rendre la sensation de vertige qu’a éprouvé la metteure en scène Marie-Christine Mazzola à la lecture de la pièce, un dispositif scénique modulable modifie la perception du spectateur : jeu de démultiplication en miroir, répétition de motifs visuels et sonores, changement de perspectives et sensation de «déjà-vu». Le seul repère constant est Ted, vivant balloté par la présence des deux fantômes, Sylvia et Assia… Une histoire d’amour avant tout.

La-résistible-ascension-d'Arturo-Ui-1-Cyrille-Guillochon

La résistible ascension d’Arturo Ui

Comment accède-t-on au pouvoir et comment en use-t-on ? Comment lutter contre une idéologie totalitaire instituée par voies légales et démocratiques ? À l’heure où la puissance d’une compagnie financière peut dépasser celle d’un État, la force du texte de La résistible ascension d’Arturo Ui n’a jamais été aussi percutante. Écrite par Bertolt Brecht en 1941 lorsqu’il était exilé aux États-Unis, cette fresque épique illustre la manière dont la corruption peut mener au totalitarisme en disséquant les mécanismes économiques et politiques qui ont permis l’ascension du pouvoir d’Hitler.

«Crise économique, faillites, licenciements, malversation boursière, complicités actives…» Autant de mots qui résonnent étrangement familiers à notre monde. Cette relecture contemporaine mise en scène par Pierre Sarzacq nous invite à savourer un show de gangsters hors pair en compagnie d’Arturo Ui, personnage inspiré d’Hitler et d’Al Capone, et bien d’autres personnages. Parmi eux, Alexandre Sepré, un jeune slameur et poète adepte du spoken-word, apportera une musicalité urbaine et une couleur actuelle aux vers brechtiens.

Cette pièce que Brecht lui-même a décrite comme une «farce historique » est portée par un formidable travail de troupe, où l’engagement de chaque interprète se met au service du collectif et de son propos. La résistible ascension d’Arturo Ui s’appuie sur l’histoire pour éclairer notre présent et imaginer notre futur.

dans le cadre de Voisinages, dispositif soutenu par la Région des Pays de la Loire pour encourager la diffusion des équipes artistiques. Ce spectacle est en tournée dans les Pays de la Loire