Les Présidentes annulé et remplacé par Le pied de Rimbaud

« À 15 ans, la première lecture des poèmes d’Arthur Rimbaud fut pour moi une rencontre fondatrice, l’étincelle et la matrice d’un travail théâtral au long cours sur les écrivains, inventeurs de mots et de mondes. Rimbaud fut le déclencheur de ce désir d’adapter, de mettre en scène, de jouer, d’écrire, depuis maintenant plus de vingt ans que nous avons fondé notre compagnie le Théâtre de l’Incendie et son projet « Le poème et les voix humaines ». William Burroughs déclare, avec facétie « découpez un poème de Rimbaud en petits morceaux et mélangez-les puis recollez les morceaux au hasard… et vous aurez encore un poème de Rimbaud ». Avec l’adaptation d’après l’œuvre complète, sous forme d’un montage d’écrits choisis autour du thème de la naissance d’une conscience et d’une aventure, nous entendons le premier Rimbaud, en jeune séminariste promis à la foi, troublé par la jeune Thimothina Labinette, découvrir qu’il bat si fort en lui ce « cœur sous une soutane », comme un prologue tragicomique à une aventure inconnue et extraordinaire. Nous partirons des textes Un cœur sous une soutane et Les lettres du voyant comme fils conducteurs, nourris de poèmes et bribes parmi les plus poignants de Rimbaud, à l’aube de sa courte vie (Au cabaret vert, L’éternité, Une saison en enfer, Les poètes de sept ans, etc.).

Un jeune homme est devant nous, tutoyant chacun, se confiant d’une voix ténue, fervente, amoureuse. Voyant, il nous confie son projet démesuré : trouver la formule pour ré-enchanter la vie. Dans un espace nu, radical, métamorphosé par la lumière, l’adresse, théâtrale et musicale, est directe et sensible, comme une conférence qui aurait « quitté ses haleurs » pour partir en roue libre, pour s’inventer au présent dans la relation au public, pour partager ces « nouvelles révélations sur l’être » comme disait Artaud. Ce sera le récit d’un rêve inouï en forme de programme : changer l’homme et métamorphoser la catastrophe. »

Laurent Fréchuret metteur en scène
note d’intuition – novembre 2019

 

Un bord de plateau vous est proposé pour échanger avec l’équipe artistique, à l’issue de la représentation du 8 décembre.

 

Une trop bruyante solitude

Une trop bruyante solitude est une fable politique et poétique, nourrie par l’esprit de Beckett, Kafka et Orwell. Irrévérencieuse au possible, l’oeuvre du poète Bohumil Hrabal, mise en scène par Laurent Fréchuret, sonne comme une grande et belle réponse à la perte de sens qui nous menace aujourd’hui. Voilà trente-cinq ans que Hanta nourrit la presse d’une usine de recyclage, où s’engloutissent jour après jour des tonnes de livres interdits par la censure. Érudit raffiné, couvert de tâches d’encre, buveur de bière et solitaire, Hanta célèbre les voix des poètes et les joies du savoir, tout en accomplissant sa besogne: “Ce massacre d’innocents, il faut bien quelqu’un pour le faire”. Cet anonyme et courageux ouvrier, décide de résister à sa façon, en sauvant des livres qu’il repêche et lit. Hanta, cet “homme livre”, devient un véritable mémorial humain, la caisse de résonance d’un monde fabuleux qui ne veut pas mourir. Il fait dialoguer en lui et pour les spectateurs, les génies de la pensée et de l’art qui l’ont marqué. Il entre en guerre ludique contre le silence et témoigne de pensées, d’images et de beautés arrachées à l’oubli universel, en activant en nous un sentiment de révolte jubilatoire.

Un bord de plateau vous est proposé pour échanger avec l’équipe artistique, à l’issue de la représentation du 24 février.

Andando Lorca 1936

Andando est un concert théâtral et poétique, réunissant six comédiennes chanteuses et trois musiciens, autour de la poésie de Federico García Lorca, sur la musique de Pascal Sangla. Grenade, 25 juillet 1936, Bernarda Alba vient de mourir. Enfin libérées du joug de leur mère, véritable dictatrice méchante et autoritaire, ses six filles vont goûter à la liberté, se choisir un chemin, se découvrir, vivre leur vie. Mais dehors, les bruits de la guerre civile commencent à se faire entendre. La situation du pays va bousculer les espoirs et les rêves de cette sororie. Cet été sera celui du choix. Sous le soleil écrasant de 1936, on s’engage, on fuit, on se bat, on s’aime. Les filles de Bernarda récupèrent leur liberté au moment où l’Espagne est en train de perdre la sienne.
À travers ces six figures féminines, toutes issues de l’oeuvre du poète, c’est Federico García Lorca lui-même qui se raconte. La mort, l’amour, l’engagement politique, la liberté, le voyage: toute la force et la beauté de la poésie de Federico García Lorca se révèlent. Alors, ¡ Andando! En avant!

“Andando est un événement rare. La réunion de talents singuliers autour d’un rêve commun: faire revivre, le temps d’une soirée musicale endiablée, l’âme et les rêves de Federico García Lorca.” Daniel San Pedro 

 

Impromptu musical dans le hall du Théâtre, avant le spectacle !

La Galette des reines

À l’origine de La Galette des reines : des témoignages audios non fictionnels, écoutés et fidèlement retranscrits par Camille Kerdellant et Rozenn Fournier. Une hésitation, un silence, une inspiration suivie d’une expiration, un soupir, une répétition, un tic de langage, un rire… Tout ce qui fait la singularité d’une voix, crée ici une vraie partition sonore, matériau principal de ce duo, à l’humour grinçant. Les paroles de Viviane, Danièle, Juliette, Melissa et Soraya, des femmes d’âges et de conditions sociales différents, sont jouées sur le plateau, dans un espace bifrontal. Les deux comédiennes n’incarnent pas la psychologie de ces protagonistes invisibles, mais transmettent avec humour leurs tranches de vies décalées, ne suivant pas toujours les codes du politiquement correct. Sur un tapis en forme de galette, trône une table ronde autour de laquelle les comédiennes sont installées, face à face. À l’heure du goûter, tour à tour journaliste et interviewée, Camille Kerdellant et Rozenn Fournier dialoguent au micro. Le passage à l’oralité se veut rigoureusement fidèle à la langue des personnages, les spectateurs sont alors libres d’interpréter chacune de leurs paroles, de les imaginer, voire même, de s’identifier à elles. Un fil se tend entre le réel et la fiction.

 

The Pajama Game

en français et en anglais surtitré

Dans un style très jazzy des années cinquante, cette comédie musicale nous plonge dans l’univers d’une usine américaine, dans laquelle il ne fait pas bon travailler !
Sur fond de conflits entre les salariés et la direction qui refuse de les augmenter de 7 cents et demi, une romance improbable réussit cependant à naître…

Rendez-vous dans l’Iowa, au milieu des années cinquante. L’usine de confection de pyjama “Sleep Tite“ est le théâtre d’une lutte acharnée entre ses ouvriers et sa direction. Cette dernière vient de nommer un nouveau directeur exécutif. Nouvel arrivé à l’usine, il va tout faire chavirer, notamment le cœur de la porte-parole du syndicat des ouvriers, ce qui déclenchera presque la fermeture de l’usine. Ce spectacle, digne de Broadway, dénonce avec une bonne dose d’ironie le monde de l’entreprise par la musique, la danse et les chants. Une comédie musicale déjantée et joyeuse, dans laquelle s’allient mélodies, comédies, balades langoureuses, country et valses, dans un mélange des genres des plus jouissifs !

Un vivant qui passe

Comment raconter la Shoah? C’est la question que se posent Nicolas Bouchaud et Éric Didry dans ce spectacle passionnant sur la transmission de la mémoire. Filmé pendant le tournage du film Shoah, Un vivant qui passe est le témoignage de Maurice Rossel, délégué du Comité international de la Croix-Rouge, qui put se rendre en 1944 à Theresienstadt, présenté comme un camp modèle par les nazis.

“Je veux parler des questions éminemment complexes que pose l’entretien entre Claude Lanzmann et Maurice Rossel et qui tiennent, en partie, à la personnalité de Maurice Rossel. Rossel n’est ni un survivant des camps d’extermination, ni un nazi. Il est d’une certaine façon celui que nous pourrions tous être ou que nous avons peut-être déjà été. Rossel c’est celui qui a vu et qui n’a rien vu. C’est celui qui, par deux fois, à Auschwitz et à Theresienstadt s’est retrouvé au coeur de la barbarie nazie et qui n’a pas voulu voir. Il dit qu’il ne savait pas. Il dit même que les prisonniers auraient pu, au moins, lui envoyer un signe. Lorsque nous l’écoutons, nous sommes parfois saisis d’effroi mais nous ne savons pas immédiatement pourquoi. C’est cette zone grise qui m’intéresse. Rossel est la meilleure incarnation de ce qui, dans nos vies, nous guette à chaque instant. La meilleure incarnation de ce qu’on voit, de ce qu’on sent parfois tout autour de nous. Un racisme ordinaire, un antisémitisme larvé. La haine de l’autre, qu’elle soit raciale, économique ou culturelle. Qu’est-ce que voir? C’est l’une des questions que nous pose le livre à travers le récit des deux visites de Rossel dans les camps d’extermination nazis. […] Qu’est-ce que voir? C’est aussi une question qui se pose à toute pratique artistique. […] Si l’on veut, à l’instar de Claude Lanzmann, dévoiler la vérité sur la machine de mort nazie, nous devons nous demander: comment la montrer? Ou plus exactement: comment en parler ? Comment la raconter ? C’est une question que je me pose sans cesse en tant qu’acteur. […] Je partage avec Imre Kertész l’idée qu’il y a une culture de la Shoah. […] Cette culture n’est pas uniquement commémorative. Elle peut et doit continuer à se transmettre autrement. À travers des gestes. Comme celui de jouer.”

Nicolas Bouchaud

Un bord de plateau vous est proposé pour échanger avec l’équipe artistique, à l’issue de la représentation du 22 mars.

La mécanique du hasard


la représentation du 2 mars à 19h est en audiodescription pour les spectateurs non-voyants ou malvoyants


représentations scolaires
mardi 1er mars à 14h
mercredi 2 mars à 10h
jeudi 3 mars à 10h et 14h


Embarquez à un rythme effréné dans une rocambolesque histoire de transmission intergénérationnelle, au beau milieu du désert texan !

Entre western et voyage initiatique, La mécanique du hasard, adapté du roman américain Le Passage, nous raconte l’histoire mouvementée de Stanley Yelnats, un ado envoyé en camp de redressement pour creuser des trous au fond d’un lac asséché. Ce dernier va déterrer bien plus qu’attendu et découvrira, malgré lui, tout un pan de son héritage familial. Sur fond de bagarre et de jeux de pouvoirs, le jeune Stanley retrace l’histoire de son arrière-arrière-grand-père qui avait volé un cochon à une tzigane unijambiste qui s’était vengée en lui jetant un mauvais sort, mais aussi, celle de son père inventeur de génie, qui s’acharne à recycler de vieilles baskets ! Le récit, porté par deux comédiens, nous entraîne dans différents lieux et époques, à travers des flash-back. Passé et présent se retrouvent étrangement liés tandis que l’histoire se rejoue en permanence sous nos yeux. Une puissante histoire d’amitié sur fond de légende héréditaire, qui questionne les notions d’héritage et de libre arbitre.

Choeur des amants


Choeur des amants est un récit bref et puissant, empreint de lyrisme, qui raconte le passage du temps sur la vie de deux amants. Tiago Rodrigues compose le récit de deux amants confrontés à une situation limite de vie ou de mort, où l’oxygène commence à se faire rare. Ces deux amants racontent simultanément leur vision d’une même histoire, célébrant l’amour quand tout est remis en cause. En juxtaposant des versions légèrement différentes des mêmes événements, la pièce nous permet d’explorer un moment de crise, comme une course contre-la-montre, où tout est menacé et où l’on retrouve la force vitale de l’amour. “Interroger mes personnages sur leur vécu, c’est comme m’interroger sur le vécu de mon théâtre depuis que j’ai commencé à écrire”, dit Tiago Rodrigues.
“Les personnages seront-ils encore amoureux ? Ce jeune homme que j’étais, qui a osé écrire cette pièce, sera-t-il porté par la même nécessité de faire du théâtre ? Je ne sais pas si je suis prêt à entendre la réponse, mais je ne peux éviter la question.”

“Il est l’un des grands noms du théâtre européen. Il croit au pouvoir des mots, des histoires et du collectif.”
Augustin Trapenard – France Inter – Boomerang

 

Ne pas finir comme Roméo et Juliette

représentation scolaire
jeudi 3 février à 14h


Après Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin, La Cordonnerie est de retour au Théâtre, avec une fable surnaturelle et politique, un Roméo et Juliette revisité, sans Capulet ni Montaigu. Romy, championne de ping-pong et Pierre, astrologue shakespearien, vivent dans deux villes séparées par le même pont. Dans l’une, vivent des hommes et des femmes, en chair et en os. En face, de l’autre côté du pont, vit une société faite d’êtres invisibles, dénués d’apparence physique, qui portent tous le même masque. Romy, femme invisible, décide un jour de passer ce pont qui longtemps lui a semblé interdit. Tout juste arrivée dans cette ville qu’elle découvre, elle rencontre Pierre. En tombant amoureux, ces deux êtres que tout oppose vont bousculer leurs préjugés et vivront leur histoire d’amour, comme un acte de rébellion face aux sociétés qui les sépare, les marginalise, jusqu’à les effacer complètement. Mêlant images de cinéma (tournées au Havre en 2020), bruitages, théâtre, musiques et une présence hypnotique au plateau, Métilde Weyergans et Samuel Hercule donnent vie à cette impossible idylle et nous embarquent sans détour, dans une aventure aussi fantastique que réaliste.

 

Crin-Blanc

Palme d’or du court-métrage en 1953, Crin-Blanc d’Albert Lamorisse raconte l’histoire d’une rencontre aussi puissante qu’inattendue, entre un cheval sauvage et un petit garçon. Le récit d’une amitié libre et absolue, illustrant à merveille le lien indéfectible qui unit l’homme à la nature. Pour appuyer le propos dramaturgique du film, Camille Saglio au chant, à la guitare, et sampler, accompagné de Matthieu Dufrene à l’accordéon et aux percussions, jouent en direct leurs compositions originales. Sur le plateau, des morceaux choisis du film prennent vie sur écrans et se mélangent aux créations vidéo de la compagnie, pour une immersion totale dans les marais de Camargue. Dans un monde en pleine mutation, cette oeuvre démontre combien il est essentiel de s’employer à conserver les espèces sauvages tant elles sont menacées et à quel point il est urgent de préserver l’équilibre des écosystèmes.  Résolument actuel, le ciné-concert Crin-Blanc a l’ambition d’éveiller les consciences des publics, et surtout des plus jeunes. Une plongée dans le sensible, engagée et essentielle.